Jeudi 19 juillet 2012 4 19 /07 /Juil /2012 22:08

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Triste nouvelle. Le 18 juillet dernier, Robert Kurz est décédé à Nuremberg à l’âge de 68 ans, suite à une opération.
 

Dans les pas tracés par le Marx de la maturité et au-delà, Robert Kurz était une des rares personnes ayant ces dernières décennies la capacité d’analyser dans sa très grande complexité la formation sociale capitaliste et sa dynamique autodestructrice. Par ses écrits, il a su poser les fondements solides d'une transformation rigoureuse et exigeante de la critique de l'économie politique pour le XXIe siècle. Auteur prolixe qui cherchait toujours à mettre à la portée de tous une compréhension en profondeur du monde contemporain, il intervenait à cette fin comme journaliste dans de nombreuses publications en Allemagne et au Brésil. Certains textes journalistiques de Robert Kurz ont été traduits en français et édités dans divers recueils, mais ses œuvres principales, les plus intéressantes et qui ont marqué en France et ailleurs, de nombreux lecteurs germanophones, restent encore à traduire et à éditer.

 

Pas la moindre révolution nulle part. Lettre ouverte à ceux et celles qui s'intéressent à EXIT !

 

La gauche soi-disant mouvementiste se croyait depuis longtemps au-dessus de l’opposition, voire de la simple relation entre réforme et révolution. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : qu’entre les deux on ne savait plus laquelle devait primer. Le projet de renversement révolutionnaire du capitalisme comme catalyseur nécessaire des réformes sociales, si modestes soient-elles, n’avait pas été reformulé mais simplement attribué en toute hâte, histoire de le neutraliser à peu de frais, au défunt marxisme de parti et d’Etat. Quant au stupide culte postmoderne des superficialités ordinaires et des détails creux, en dépit de son verbiage alambiqué, il ne dépassait nullement le vieux fonds de certitudes mais ne faisait que piétiner à côté, impuissant.

En réalité, les agités des mouvements de gauche avec leur idéologie déconstructiviste ne rangèrent au placard l’idée de révolution que parce qu’on ne disposait même plus des forces nécessaires à une banale réforme à l’intérieur du cadre capitaliste. Comme chacun sait, transcendant les partis, le néolibéralisme avait mis la main sur le concept de réforme pour le retourner comme un gant, sans rencontrer de résistance notable. Non seulement les luttes sociales réelles se raréfièrent mais elles abandonnèrent toute référence à la critique radicale de la société pour se borner dès lors à une timide défense des intérêts particuliers. L’intrusion bousculant les rapports sociaux céda le pas à l’action symbolique sous forme de happening ; de là, le petit théâtre de quatre sous de « mouvements » désormais quasi immobiles, feignant de jouer leur propre rôle face aux caméras des médias. Aux bulles financières du capital en crise faisaient pendant les bulles des mouvements de gauche qui, elles aussi, devaient finir par éclater.

D’autant moins crédible apparaît dans ces conditions la soudaine inflation du concept de révolution, censé avoir trouvé une seconde jeunesse en 2011, partout dans le monde, sans pour autant que les idées d’autrefois aient fait l’objet du moindre réexamen critique ni de la moindre modification. Au premier plan nous avons bien sûr la soi-disant révolution arabe qui, au prix d’innombrables vies humaines, est parvenue à faire tomber quelques régimes autoritaires (Tunisie, Egypte, Libye) tandis qu’ailleurs elle se voyait dans l’œuf écrasée par les armes (Syrie, Algérie, Bahreïn, Yémen). Dans la foulée, des émeutes ont embrasé aussi l’Europe. La Grande Bretagne a vu se soulever violemment ses jeunes des couches sociales laissées pour compte, et le gouvernement conservateur leur répondre en prenant, semblait-il, pour modèle la répression arabe. Les pays sud-européens affectés par la crise de la dette (Grèce, Espagne, Portugal, Italie) ont eu droit à des mouvements sociaux de plus ou moins grande ampleur protestant contre la brutale politique d’austérité supportée essentiellement par la jeune génération. Israël a offert grosso modo le même tableau avec ses manifestations de masse contre la politique antisociale du gouvernement Netanyahou. Au Chili, les étudiants se sont rebellés contre la réorientation néoconservatrice de l’enseignement. Aux USA enfin, le mouvement dit des « occupations », avec son discours dirigé contre les inégalités croissantes et le pouvoir des banques, est apparu comme un contrepoids au Tea Party ultraconservateur et a fait des émules dans de nombreux pays, y compris en RFA[1].

Cette gauche qui reluque le derrière de la moindre démonstration sociale à se faire jour dans la rue se serait sans doute régalée des paysages florissants[2] d’une année 2011 de révolution. Seulement, sans même évoquer l’opportunisme cynique avec lequel on a déterré pour le ronger frénétiquement cet embarrassant mot en R qu’on disait naguère appartenir définitivement au passé, il est clair que le simple fait d’encenser les divers mouvements contestataires et insurrectionnels n’a en rien servi la cause de l’émancipation sociale. Marx a fait remarquer avec raison qu’un bouleversement véritablement révolutionnaire ne progresse que dans la mesure où l’on en critique – sans pitié ! – les débuts et les étapes, afin d’aller plus loin en écartant demi-mesures, retombées négatives et dérives. Faute de quoi toute l’entreprise peut fort bien se changer en son contraire. Le statut accordé à la réflexion théorique est ici décisif. A fortiori dans un contexte comme le nôtre aujourd’hui où le concept développé d’une rupture révolutionnaire avec l’ordre dominant brille par son absence. La forme d’intervention c’est la polémique sur l’état des mouvements ; se contenter de participer complaisamment équivaut à réagir de façon purement tactique sur des bases idéologiques erronées et confirme en retour les acteurs dans leur illusion d’immédiateté. Après plus de 250 ans d’histoire de la modernisation, la spontanéité innocente ça n’existe plus.

Procéder à une analyse critique nécessite tout d’abord d’établir une échelle pour ainsi dire existentielle permettant d’évaluer la rudesse de l’insurrection et de la répression. Les mouvements de masse arabes ont sciemment sacrifié de nombreuses vies et renversé effectivement des gouvernements. Les affrontements en Europe du Sud et en Grande Bretagne, quoique violents au regard des rapports sociaux dans les métropoles occidentales, furent toutefois beaucoup moins intenses et largement inefficaces. On peut en dire autant d’Israël et du Chili. Quant au mouvement étasunien des occupations, il ne contenait pour l’essentiel qu’un moralisme sans mordant, superficiel et mielleux, que les imitateurs allemands du mouvement se sont empressés d’abaisser encore jusqu’au ras des pâquerettes : une bande de délégués de classe posant de gentilles questions. Bien entendu, ces différences extérieures en matière de militantisme ne nous disent encore rien sur un fond révolutionnaire que seule une critique radicale sérieuse pourrait nous permettre de déterminer ; ils nous indiquent simplement quelle est l’ampleur du désastre et du désespoir dans telle ou telle région du monde.

La récente crise économique mondiale, loin de se cantonner à la seule sphère de l’économie, conduit également dans la majeure partie du globe à durcir des situations de relégation sociale que les conditions et les formes de développement spécifiques locales ne parviennent pas toujours à résorber ; ces situations révèlent la structure transcendante du capitalisme mondial. Pour commencer, on observe une explosion généralisée des prix des denrées alimentaires ; celle-ci affecte certes avant tout les couches inférieures, mais il n’empêche que même les ménages de revenus intermédiaires en souffrent de plus en plus. Ainsi les limites interne (économique) et externe (écologique) du capital se rejoignent-elles. Dans le cas des biens agricoles, les effets de la politique inflationniste adoptée partout, et qui consiste en un flot d’argent déversé par les banques centrales, sont aggravés par la production croissante de biocarburants au lieu d’aliments de base, ces derniers continuant en même temps à se raréfier du fait d’un certain nombre de catastrophes naturelles provoquées par la société. Nettement observable dans tous les pays sans exception, cette tendance devient insupportable d’abord là où, comme c’est le cas pour la plupart des gens dans le monde arabe, le coût des denrées de base dévore de toute façon déjà la majeure partie du budget familial.

D’autre part, la crise économique mondiale a vu s’accentuer dramatiquement la précarisation depuis longtemps rampante des jeunes diplômés. Il s’agit là encore d’un phénomène global ; même en RFA, la « génération stage » ne date certainement pas d’hier. En Europe du Sud le chômage des jeunes atteint partout, voire dépasse la barre des 50%, tandis que la déqualification et le sous-emploi s’accélèrent chez les titulaires d’un bac et plus. Il n’est pas jusqu’à la Chine où les diplômés ne trouvent de moins en moins une place en rapport avec leurs capacités. Pour les doctorants comme pour les « extras » employés dans la restauration, l’heure est au déclin. Bien entendu, à l’intérieur de ce cadre évolutif, nous trouvons là aussi des écarts entre régions. Si, en Europe et en Amérique du Nord, dans leur absence de perspectives, les rejetons de la classe moyenne qualifiée peuvent encore en partie compter sur le soutien de leurs aînés, ailleurs c’est l’inverse : ce sont d’ores et déjà les jeunes qui nourrissent la famille plongée dans la misère. Rien d’étonnant à ce que le déclencheur symbolique du soulèvement arabe ait été l’auto-immolation d’un jeune diplômé tunisien qui, même en vendant des légumes, ne parvenait plus à gagner de quoi vivre.

Dans l’histoire moderne, la déchéance sociale de la jeunesse étudiante a toujours constitué un ferment d’éruptions révolutionnaires. Cependant, pour qu’il en sorte un véritable bouleversement social, il était nécessaire, primo, de produire un concept théorique qui soit en phase avec l’époque et, secundo, de mettre en place une organisation coiffant toute la société, sans exclure surtout les couches inférieures. On mesure à cet égard l’infinie médiocrité intellectuelle, sociale et organisationnelle de la génération Facebook. Dans aucun des mouvements actuels nous ne trouvons trace d’une idée révolutionnaire tant soit peu nouvelle, la classe moyenne étudiante agit largement repliée sur elle-même et sans lien systématique avec les classes inférieures, et la rencontre sans engagement par le biais d’Internet demeure sans effet structurant à l’échelle de la société. Tout cela ne débouche que sur de bonnes paroles creuses et démocratiques. C’est pourquoi, là encore, on ne peut parler nulle part de révolution dès l’instant où l’on conçoit celle-ci comme changement économique fondamental et non simplement comme remplacement d’un notable par un autre pire encore à la tête de l’administration de crise.

En l’absence de toute dialectique qualitativement nouvelle entre réforme et révolution, même l’approche syndicale et limitée que tentent certains pays arabes ne va pas bien loin. On en reste à la simple redistribution des rentes pétrolière et touristique. En Europe et aux USA, il n’y a même pas d’exigence sociale concrète digne de ce nom. De sorte qu’on va instrumentaliser la révolte de forces qui n’ont rien à voir et qui, vu l’absence de concepts et de structures organisationnelles, font valoir leurs penchants barbares. Dans le monde arabe ce sont les islamofascistes ; en remportant les élections l’une après l’autre, ils parviennent presque à faire passer pour un modèle de légitimité le stérile démocratisme formel et son désintérêt pour les questions de fond. Ils ont déjà en partie supplanté les syndicats, imposé leur politique de l’aumône en guise d’émancipation sociale (obtenant du même coup l’adhésion des couches populaires), installé un terrorisme de la vertu misogyne et homophobe, et fait de la propagande antisémite dirigée contre Israël une soupape pour le violent ressentiment face à une embellie économique qui tarde à venir. En Europe du Sud et de l’Est, c’est le bouillant et anachronique national-fascisme qui fournit le grand écran sur lequel sont régurgités sur le mode barbare le vide conceptuel et l’impuissance sociale. Les pogroms anti-Roms en Italie et en Hongrie, ou encore le cruel traitement réservé récemment en Grèce aux réfugiés et aux migrants se passent de commentaires. A cet égard, la tonalité franchement antisémite du mouvement des occupations vient parfaitement compléter le tableau.

Israël révèle ici sa double nature en ce que d’une part, en tant qu’Etat juif, il est devenu objet de haine numéro un sous l’effet de la rumination idéologique mondiale de la crise, tandis que d’autre part, en tant qu’Etat capitaliste, il traverse les mêmes fractures sociales que tous les autres et a produit son propre fascisme religieux (un phénomène qui transcende toutes les cultures de la postmodernité) sous la forme d’un potentiel intrinsèque d’autodestruction. D’éminents rabbins évoquent le risque de talibanisation que fait courir au pays une minorité de Juifs ultra-orthodoxes fanatiques ressemblant comme deux gouttes d’eau à leurs frères ennemis islamistes. Unissant leurs forces avec les colons chauvins, ils menacent de plonger Israël dans la barbarie et de le dépouiller de sa légitimité historique. Quant au mouvement social des jeunes israéliens contre l’administration de crise, il est identique à maints égards à ceux que connaît l’Europe. Vu la situation d’ensemble, il faudrait ressusciter une force d’intervention de type syndical tout en maintenant la puissance militaire qui tient en respect une coalition de pays hostiles ne voulant, au bout du compte, que purger les cartes géographiques de l’Etat israélien ; on ne dégagera une marge de manœuvre à l’intérieur de ce cadre qu’en fermant aux ultras religieux et nationalistes le robinet des subventions. La contestation sociale peut bien se réclamer du concept de base sioniste remontant à Moses Hess, l’idéal socialiste, là encore, n’est plus que l’ombre de lui-même.

Le plus frappant c’est que, par-delà les différences, la révolte se produit partout dans le monde largement « sans la gauche », comme le relève avec satisfaction la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Du coup, même pour les politiciens d’opérette post-opéraïstes de la mondialisation, l’enthousiasme pour ce soubresaut de la multitude est resté quelque peu en travers de la gorge. Mais qu’aurait donc encore à dire le courant, ou plutôt le ruisselet qui est tout ce qui reste du marxisme et du postmarxisme aujourd’hui, aux contestataires qui, indépendamment de sa rhétorique, se sont mis en mouvement ? Si le néant intellectuel et l’apathie sociale de la génération Facebook s’avèrent un pur produit de la socialisation dans un capitalisme en crise virtualisé, c’est alors à la gauche et à ses diverses sensibilités qu’il revient de proposer, pour rendre compte de cette même situation, une idéologie qui tienne la route. Se contenter de resservir sa propre compréhension théorique bornée du méli-mélo déconstructiviste n’ouvrira pas la moindre perspective historique aux nouveaux acteurs. De même, il ne sert à rien de malaxer une science économique exhumée par force des cadres interprétatifs des années 1970 (quand ce n’est pas encore avant) et de l’incorporer ensuite à la pensée postmoderne en une bouillie infecte.

La théorie marxienne ne s’en voit pas pour autant élargie et développée au-delà d’une lecture devenue historiquement obsolète ; on la dépouille au contraire de l’essentiel de sa critique de la forme fondamentale capitaliste, aux fins de transformer le marxisme traditionnel et étriqué du mouvement ouvrier en un marxisme postmoderne encore plus étriqué à l’usage des classes moyennes. Au lieu de créer un nouveau concept de révolution et, ce faisant, d’offrir un contrepoids à la barbarisation à l’œuvre dans la crise, cette gauche aveuglée par le culturalisme est allée en partie jusqu’à fantasmer l’islamofascisme comme une force avec laquelle il serait possible et légitime de faire alliance (vive la différence !) et, par ricochet, à accueillir en son sein une poussée antisémite diffuse fondamentalement hostile à Israël ; ce qui cadre parfaitement avec l’enterrement de la critique radicale de l’économie politique.

La contestation-sans-la-gauche et la postgauche qui la regarde ahurie ont ceci en commun qu’elles s’imaginent légitimer le discours démocratique au moyen du discours existentialiste. Ce qui leur fait défaut à toutes les deux, c’est la critique sciemment antipolitique de la sphère capitaliste de la régulation ; à ceci près que la contestation est apolitique jusqu’à la moelle tandis que la gauche réchauffe encore et encore le politicisme le plus éventé et, à la faveur de la crise, s’est tout naturellement social-démocratisée afin de cultiver son impuissance notoire. Au revers de la même médaille, on voit proliférer partout un révoltisme (teinté, en France, de postsituationnisme) hostile à toute pensée théorique et prétendant s’épargner la peine d’une refonte conceptuelle et analytique de la critique radicale en construisant un feuilleton fantaisiste où la fausse conscience des masses s’embarquerait vers de nouveaux rivages.

L’« insurrection qui vient » est déjà là, mais au plan du contenu elle est aussi lamentable que les circonstances elles-mêmes, qu’elle ne parvient nulle part à transcender par des concepts. Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire : il faut réinventer cette vieille maxime en fonction de la situation historique qui a changé. C’est dans le développement et la diffusion de contenus novateurs issus de la réflexion, dans l’intervention théorique même, que se trouve aujourd’hui la réponse à la question « que faire ? » ; non dans de pseudo-activités fabriquées de toutes pièces ni dans le bricolage de petits mondes parfaits et illusoires que les mouvements de contestation laissent vite derrière eux. Lesdits mouvements ne cessent de tourner à vide qu’à partir du moment où ils se transforment par la confrontation avec la théorie reformulée et, partant, par l’intervention directe sur leur propre cours. N’y a-t-il pas un comique involontaire certain dans le fait de voir cette gauche à côté de la plaque, n’ayant jamais rompu sérieusement avec des schémas de pensée vieux-marxistes ou postmodernes qui ont fait naufrage, appeler une fois de plus, et en l’absence presque totale de substance théorique, à se pencher sur « la question de l’organisation » ? Appel qui, déjà en 1968, était resté parfaitement vain.

La refonte théorique en souffrance ne peut viser la fausse totalité que négativement, sur le mode essentialiste et antirelativiste. Quiconque se refuse à saisir et à combattre la totalité capitaliste a perdu d’avance. Le virage culturaliste et déconstructiviste a conduit à une impasse parce qu’il lui a fallu faire oublier la logique objectivée du fétiche-capital afin de noyer la critique dans le design des particularités. Il importe de livrer bataille à cette espèce d’universalisme qui considère l’abstraction des catégories comme notre rapport essentiel au réel. Face aux conditions de crise, on ne joue sa propre mélodie ni avec le ventre ni avec les pieds.

Pour venir à bout de la paralysie qui frappe la transcendance révolutionnaire, il faudra sans nul doute un effort théorique de la part de nombreux groupes partout dans le monde. Non pas cependant sous la forme de la cacophonie bourgeoise-pluraliste, mais en ciblant résolument l’objet qui englobe et affecte tous les domaines – le capital mondial – et en luttant pour la vérité théorique de notre époque. Au sein de l’espace germanophone et au-delà, la construction théorique qu’est la critique de la dissociation-valeur formulée dans le cadre de la revue EXIT! s’efforce d’y contribuer. La critique des rapports humains assujettis à la dissociation-valeur, rapports où le genre joue également un rôle déterminant, a montré qu’elle n’était pas une interprétation alambiquée et désuète, un produit dérivé du Capital ; c’est bien pourquoi elle tient plus que jamais à saisir le concept de totalité – en elle-même fragmentaire – du capital. Nous n’avons pas découvert la pierre philosophale ; de notre recentrage sur la critique fondamentale de la forme et sur le contexte historique, il n’a résulté que les prémices d’une transformation de la théorie critique. Quiconque déplore, à juste titre, que la construction théorique n’ait pas encore été suffisamment développée et concrétisée devrait ne pas en perdre de vue les conditions. Sans soutien matériel rien n’est possible, et on n’obtient rien gratuitement : ni la production théorique ni la possibilité de sa réception en toute indépendance. Les impatients – mais pas seulement eux – sont donc invités à soutenir EXIT! dans sa « nage à contre-courant ».

 

 

http://www.exit-online.org/textanz1.php?tabelle=aktuelles&index=6&posnr=229

Traduction de l’allemand : Sînziana

 

Par E.B
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  • : La marchandise et son monde ont désormais déferlé sur la totalité des sphères de l'existence. Une singulière "tyrannie sans tyran" s'est installée, appauvrissant nos vies toujours plus en profondeur. Un nouvel Homme semble émerger au milieu de notre époque post-transgressive, se caractérisant à l'évidence par un authentique malaise dans la subjectivation. Quant à la Mort, elle semble se retirer à petits pas de ce monde de l'illimité, de l'inconsistance et de la complétude...
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