Mercredi 23 avril 2014 3 23 /04 /Avr /2014 22:30
Par E.B
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Dimanche 30 mars 2014 7 30 /03 /Mars /2014 19:45

10_8transhumanisme2mkotlarski.jpgSi l’on considère que le créalisme est une volonté d’improvisation, de prise de risque visant à affirmer sa foi dans l’abondance de la vie tout en prenant en charge ses propres conditions d’existence, alors le transhumanisme en est très loin. Le transhumanisme, cet “homme augmenté par les nouvelles technologies”, pourrait tout simplement être un “homme simplifié” qui, face à sa liberté de constamment devoir faire des choix et à l’incertitude de la vie, préfère une existence au rabais faite d’automatismes soulageant son angoisse de vivre. Le transhumanisme est une sorte de lâcheté qui refuse de se regarder en face tout en se faisant passer pour la coolitude absolue.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, Gunther Anders pressentait ce mal lancinant qui s’apprêtait à frapper l’humanité : l’obsolescence de l’homme. L’homme a honte de sa condition finie, de sa mortalité, de son imperfection, de sa contingence. Il préfère obéir à un plan rationnel et courbe donc l’échine face à ses créations. Foucault quant à lui, prophétisait la naissance de nouveau dieux et la disparition de l’homme. Est-ce à dire que se référer à la technique plutôt qu’à l’homme pour régler les problèmes humains est déjà une négation de l’homme? Très certainement. La mort est un problème? Les transhumanistes le détruisent, et de la sorte, plus de problème. Pour leur défense, il est vrai que philosopher et se remettre en cause, écorcher son égo ou accepter sa condition finie est beaucoup plus ardu que de s’implanter des puces dans le crâne ou de subir diverses opérations. Première lâcheté.

Plutôt que d’être du côté du créalisme, le transhumanisme serait du côté de l’ego trip : désir de puissance, volonté de tout vivre et de tout savoir qui fleure bon le complexe de castration, lui même en partie généré et favorisé par le système économique actuel, qui a intérêt à limiter la réalisation du potentiel de chacun, en particulier intellectuel. Quelles sont les meilleures vaches à lait? Le narcissique à l’ego surgonflé dont on flatte les bas instincts ou l’esprit indépendant à la démarche socrato-sceptique qui pense par lui-même? La créativité est ainsi limitée à laisser croire les masses qui se parent des dernières inventions savamment marketées qu’elles en sont les créatrices.

Par ailleurs, la prise de risque, donc l’incertitude, est la hantise du genre humain. Comme l’a bien vu Théophile Gautier il y a 150 ans : “L’un des grands malheurs de la vie moderne, c’est le manque d’imprévu, l’absence d’aventure. Tout est si bien réglé, si bien engrené, si bien étiqueté que le hasard n’est plus possible”. Voici qu’aujourd’hui, cette précision mathématique au millième de millimètre est une réalité ; cette mécanique implacable gagne de jours en jours en précision, et à mesure que notre humanité diminue en proportion, des algorithmes peuvent anticiper la grossesse d’une jeune femme avant son père (cf. article de Charles Duhigg, journaliste au New York Times, “How companies learn your secrets”). Mais le plus intéressant dans tout ceci est que beaucoup seraient certainement prêts à abandonner leurs responsabilités. Que faire en effet d’une liberté, qui, parce qu’elle offre des horizons illimités, effraie? Cet infini, qui ne fait que refléter l’infini intérieur de chacun, est insupportable : mieux vaut jouer la sécurité et se rassurer dans les régularités déterministes offertes par les machines. Seconde lâcheté.

Mais la plus grande lâcheté du transhumanisme dans cette belle négation de l’humain réside dans toute cette simili-propagande hollywoodienne qui vise à faire doucement accepter aux masses, au profit de certains, l’inconcevable : les machines pensent et elles ont même des sentiments. Ainsi dans le film Her, Spike Jonze, fraîchement divorcé, tombe amoureux de la voix de son téléphone, rigole et passe de bon moments avec “elle”, alors qu’il ne se pose pas à un seul moment la question des raisons de son divorce. Plus globalement, les machines, c’est cool, et le cyborg est le futur de l’homme. C’est le message subliminal de films et séries qui ressemblent souvent à des navets réductionnistes à l’intrigue binaire prévisible par un sapajou guyanais. Dans Elysium, le gentil cyborg Damon va tuer les méchants complotistes friqués et sans coeur ; dans la série Intelligence, le super agent super gentil connecté aux bases de données mondiales grâce à une puce cérébrale déjoue les plans de méchants terroristes caricaturés au possible ; dans Transcendance, le gentil scientifique humaniste Depp se fait tuer par des méchants technophobes, mais télécharge sa conscience sur un disque dur, car bien sûr, sa pensée n’est qu’une simple combinaison de signaux électriques.

L’homme augmenté, tel est le nouveau fantasme et paradigme du XXI siècle, espoir faussement utopique d’une humanité réconciliée avec elle-même pour des lendemains qui chantent. Mais c’est une mode (le transhumanisme est une mode, comme les sacs Vuitton ou les sneakers Nike) auxquels tous n’auront pas accès. Tandis qu’on utilise la crédulité des masses et la naïveté des gens influençables pour les faire fantasmer sur les possibles avantages offerts par l’augmentation technologique, on détourne en même temps cette capacité de fascination afin de créer le buzz autour de personnes centrales principalement issues de Google comme Ray Kurzweil, Sergeï Brin, Larry Page ou Eric Schmidt. Ainsi, les masses sont dépossédées de cette capacité d’émerveillement sur leur propre vie tout comme la possibilité de l’améliorer, ici et maintenant ; elles préfèrent gober les projections futuristes de certains (auxquelles elles n’auront de toutes façons pas accès) par refus d’assumer leur liberté d’agir au quotidien et de construire un futur à la hauteur de leurs rêves. Encore par lâcheté, soumission d’esclave, ou manque d’ambition, elles vivent par procuration le rêve des autres en y adhérant aveuglément. Car tous ces gens fascinés par les promesses transhumanistes oublient une chose : le saint Graal de l’immortalité ou de l’amélioration sera réservé aux quelques “élus” qui auront investi et payé comptant (plusieurs dizaines de milliards de dollars pour les recherches en cours). Une fois la promotion du transhumanisme faite et acceptée par la masse, une fois ce paradigme devenu modèle de société, ses plus fidèles thuriféraires seront jetés comme de vieilles chaussettes par les barons transhumains, un peu à la manière avec laquelle on séduit une jolie fille pour lui soutirer ses charmes. Un égoïsme profond, qui ne fait que révéler un mal-être et un vide intérieur tout aussi profonds qui génèrent des comportements trop souvent oublieux du respect élémentaire envers autrui, mais surtout envers soi-même.

En effet, force est de constater que le partage n’est pas un réflexe dans une société dominée par le darwinisme social, minée par la peur de son prochain. Il n’existe que de petits îlots tels la France où l’on peut sentir, au prix d’un énorme effort politique et économique, le sentiment de fraternité avec son prochain et celui de réellement faire partie de la même famille, de partager un destin commun. La seule créativité qui existe donc pour l’instant n’est pas celle qui vise à embellir la vie, mais celle qui s’adapte aux exigences du marché, et donc celle qui permet de garder un avantage compétitif. Dans ce cadre, les objectifs du transhumaniste sont clairs : “Time is money, and I want all the time, and all the money”. Le transhumanisme, considéré sous cet angle, est l’expression la plus primaire de ce trait enfantin, le “tout pour moi, rien pour les autres”, particulièrement en phase avec la société actuelle.

Personne n’est dupe, et les premiers essais qui s’avéreront concluants sur les handicapés, les amputés, et les malades génétiques, seront vite mis au profit de ceux qui auront des objectifs plus égoistes, surtout lorsque l’on connaît la mégalomanie qui caractérise – souvent – les plus fortunés (cf “La Banque”, de Marc Roche, à la première ligne, où le PDG de Goldman Sachs affirme : “Je fais le travail de Dieu”). Evidemment, inutile de préciser que les places sont limitées, et le double langage cynique qui vise, sous des accents humanitaires à peine voilés, à utiliser les plus malades comme cobayes, est cousu de fil blanc. Ces gens là ne donnent que pour recevoir davantage en retour et sont dans une logique de constante accumulation qui n’a jamais de fin : ils ne seront jamais satisfaits à moins qu’ils n’aient tout sous leur contrôle, y compris la vie du moindre insecte. Le transhumanisme laisse en fait transparaître une manie du contrôle qui connote dans le fond une peur de vivre et une peur de prendre des risques, éclairant de fait cette lâcheté qui le caractérise.

En effet, pourquoi faire de Google le 3è hémisphère du cerveau afin d’être omniscient, si ce n’est qu’on doute de l’avenir et qu’on souhaite se rassurer en le contrôlant? Après tout, pourquoi vouloir vivre mille ans, si ce n’est pour perpétuer ad vitam eternam, par peur des les perdre, son pouvoir et son influence, son statut social, son confort? Comme l’analyse Marcel Gauchet, l’homme post-moderne ne croit plus en l’invisible et concentre donc toutes ses actions sur le monde matériel. Cependant, une telle société débarassée de la mort serait condamnée à être figée, paralysée par la crispation de certains sur le pouvoir temporel dont ils jouissent. Là encore, inutile de préciser que le partage, le don, l’amour, la compassion, la créativité seront réduits à leurs portions congrues, très certainement pris en tenaille dans une relation sado-masochiste où chacun y trouvera son compte : le dominateur transhumain mégalomane et immoral, le soumis lâche et consentant, tous deux manquant de courage pour admettre leur situation, et, pire encore, pour entreprendre un changement libérateur.

Les idéaux créalistes, qui visent à redonner le pouvoir à chacun de mener une vie épanouie, dans le respect des autres, semblent difficile à concevoir pour ces gens-là, et même en général pour les masses qui subissent à longueur de journée les messages lénifiants et dévalorisants d’un système qui ne serait rien sans eux. La sortie de la caverne est ardue, et la seule liberté réside dans la prise de conscience que les autres n’ont de pouvoir que celui qu’on leur donne. Mais il n’est pas impossible qu’une poignée de personnes change la donne, même si la volonté d’être esclave, domine, semble-t-il, la majorité, tétanisée par la perspective de faire ses propres choix. Penser par soi-même et assumer sa liberté sont en effet des fardeaux que bien peu sont disposés à accepter.

Idir Benard

Par E.B
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Mardi 25 mars 2014 2 25 /03 /Mars /2014 18:54

 

Un entretien filmé (15 minutes) avec le philosophe Anselm Jappe, présente à un large public quelques éléments historiques et explicatifs issus du courant international de la « Critique de la valeur » (Wertkritik).  Le site Decryptimage, portail d'éducation culturelle, a réalisé cet entretien au début du mois de mars 2014.

 

Cet entretien constitue une introduction générale à ce courant qui cherche à repenser une théorie critique du capitalisme, sur de nouvelles bases, au-delà du marxisme traditionnel et des différents formes fétichistes d'anticapitalisme tronqué. 

PS : Anselm Jappe n'est pas rattaché à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales comme il est indiqué dans le bandeau de présentation de l'auteur dans la vidéo. L'institution permet une invitation à un auteur extérieur à l'Ehess, pour faire un séminaire durant une durée de deux ans. C'est dans ce cadre qu'A. Jappe, en tant qu'auteur invité, dirige un séminaire public ouvert vers l'extérieur sur le thème " Les Aventures du sujet : narcissisme et société marchande " (2012-2014).
Par E.B
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Samedi 22 mars 2014 6 22 /03 /Mars /2014 11:50

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1. 

La politique ne crée pas d’alternatives. Son but n’est pas de nous laisser développer nos possibilités et nos capacités ; dans la politique, nous ne faisons que réaliser les intérêts qui découlent des rôles que nous exerçons dans l’ordre existant. La politique est un programme bourgeois. Elle est toujours une attitude et une action dont le point de référence est l’État et le marché. La politique est l’animatrice de la société, son médium est l’argent. Les règles auxquelles elle obéit ressemblent à celles du marché. D’un côté comme de l’autre, c’est la publicité qui est au centre ; d’un côté comme de l’autre, c’est une affaire de valorisation et de mise en conditions de celle-ci.


Le spécimen bourgeois moderne a fini par absorber complètement les contraintes de la valeur et de l’argent ; il est même incapable de se concevoir sans ceux-ci. En effet, il se maîtrise lui-même, le Maître et l’Esclave se rencontrant dans le même corps. La démocratie, cela ne signifie rien d’autre que l’auto-domination des supports de rôles sociaux. Comme nous sommes à la fois contre tout pouvoir et contre le Peuple, pourquoi serions-nous pour le pouvoir du Peuple ?


Être pour la démocratie, voilà le consensus totalitaire de notre époque, la profession de foi collective de notre temps. La démocratie, c’est l’instance d’appel et le moyen de résoudre les problèmes. La démocratie est considérée comme le résultat final de l’Histoire. Elle est certes corrigible, mais derrière elle, il ne peut plus y avoir rien d’autre. La démocratie est partie intégrante du régime de l’argent et de la valeur, de l’État et de la Nation, du Capital et du Travail. C’est une parole vide de sens, tout peut être halluciné dans ce fétiche.


Le système politique lui-même se délite de plus en plus. Il ne s’agit pas, ici, d’une crise des partis et des hommes politiques, mais d’une érosion du politique sous tous ses aspects. La politique est-elle nécessaire ? Que nenni et, de toute façon, dans quel but ? Aucune politique n’est possible ! L’antipolitique, cela signifie que les individus eux-mêmes se mobilisent contre les rôles sociaux qui leur sont imposés.


2. 

Capital et Travail ne sont pas antagoniques, ils constituent, au contraire, le bloc de valorisation de l’accumulation du Capital. Qui est contre le capital, doit être contre le Travail. La religion pratiquée du Travail est un scénario auto-agressif et autodestructeur dont nous sommes les prisonniers, à la fois matériellement et intellectuellement. Le dressage au travail a été – et demeure – un des objectifs déclarés de la modernisation occidentale.


Or, c’est au moment même où la prison du Travail s’écroule, que cet enfermement intellectuel vire au fanatisme. C’est le Travail qui nous rend stupides et, de plus, malades. Usines, bureaux, magasins, chantiers de construction et écoles sont autant d’institutions légales de la destruction. Quant aux traces du Travail, nous les voyons tous les jours sur les visages et sur les corps.


Le Travail est la rumeur centrale de la convention. Il passe pour être une nécessité naturelle, alors qu’il n’est rien d’autre que la forme sous laquelle le capitalisme façonne l’activité humaine. Or, être actif est autre chose dès lors que cette activité se fait non en fonction de l’argent et du marché, mais sous la forme du cadeau, du don, de la contribution, de la création pour nous-mêmes, pour la vie individuelle et collective d’individus librement associés.


Une partie considérable des produits et des services sert exclusivement aux fins de la multiplication de l’argent, qui contraint à un labeur qui n’est pas nécessaire, nous fait perdre notre temps et met en danger les bases naturelles de la vie. Certaines technologies ne peuvent être comprises autrement que comme apocalyptiques.


3.

L’argent est notre fétiche à nous tous. Il n’y a personne qui ne veuille en avoir. Nous n’avons jamais décidé qu’il devait en être ainsi, mais c’est comme ça. L’argent est un impératif social ; ce n’est pas un instrument modelable. En tant que puissance qui nous oblige sans cesse à calculer, à dépenser, à économiser, à être débiteurs ou créditeurs, l’argent nous humilie et nous domine chaque heure qui passe. L’argent est une matière nocive qui n’a pas son pareil. La contrainte d’acheter et de vendre fait obstacle à toute libération et à toute autonomie. L’argent fait de nous des concurrents, voire des ennemis. L’argent dévore la vie. L’échange est une forme barbare du partage.


Il est absurde non seulement qu’un nombre incalculable de professions ait pour seul objet l’argent, mais aussi que tous les autres travailleurs intellectuels et manuels soient sans cesse en train de calculer et de spéculer. Nous sommes des calculettes dressées. L’argent nous coupe de nos possibilités, il ne permet que ce qui est lucratif en termes d’économie de marché. Nous ne voulons pas remettre à flot l’argent, mais nous en débarrasser.


Il faut non pas exproprier la marchandise et l’argent, mais les supprimer. Qu’il s’agisse d’individus, de logements, de moyens de production, de nature et d’environnement, bref : rien ne doit être une marchandise ! Nous devons cesser de reproduire des rapports qui nous rendent malheureux.


La libération, cela signifie que les individus reçoivent leurs produits et leurs services librement selon leurs besoins. Qu’ils se mettent directement en relations les uns avec les autres et ne s’opposent pas, comme maintenant, selon leurs rôles et leurs intérêts sociaux (comme capitalistes, ouvriers, acheteurs, citoyens, sujets de droit, locataires, propriétaires, etc.). Déjà aujourd’hui, il existe, dans nos vies, des séquences sans argent : dans l’amour, dans l’amitié, dans la sympathie et dans l’entraide. Nous donnons alors quelque chose à l’autre, puisons ensemble dans nos énergies existentielles et culturelles, sans présenter de facture. C’est alors que nous sentons, par moments, que nous pourrions nous passer de matrice.


4.

La critique est plus qu’une analyse radicale, elle demande le bouleversement des conditions existantes. La perspective cherche à dire comment on pourrait créer des conditions humaines qui n’auraient plus besoin d’une telle critique ; l’idée d’une société où la vie individuelle et collective peut et doit être inventée. La perspective sans la critique est aveugle, la critique sans la perspective est impuissante. La transformation est une expérience dont le fondement est la critique ayant pour horizon la perspective. « Réparez, ce qui vous détruit » ne peut être notre mot d’ordre.


Il s’agit d’abolir la domination, rien de moins, peu importe si celle-ci se traduit par des dépendances personnelles ou par des contraintes objectives. Il est inacceptable que des individus soient soumis à d’autres individus ou soient livrés, impuissants, à leurs destins et structures. Nous ne voulons ni d’autocratie ni d’auto-domination. La domination est plus que le capitalisme, mais le capitalisme est, jusqu’à aujourd’hui, le système de domination le plus développé, le plus complexe et le plus destructeur. Notre quotidien est conditionné à un point tel que nous reproduisons le capitalisme chaque jour et que nous nous comportons comme s’il n’y avait aucune alternative.


Nous sommes bloqués. L’argent et la valeur engluent nos cerveaux. L’économie de marché fonctionne comme une grande matrice. Notre objectif est de la nier et de la supprimer. Une bonne vie bien remplie suppose la rupture avec le capital et la domination. Aucune transformation des structures sociales n’est possible sans transformation de notre base mentale et aucun changement de la base mentale sans la suppression des structures.


5.

Nous ne protestons pas, nous avons dépassé ce stade. Nous ne voulons réinventer ni la démocratie ni la politique. Nous ne luttons ni pour l’égalité, ni pour la justice et nous nous réclamons d’aucune libre volonté. Nous n’entendons pas non plus miser sur l’État social et l’État de droit. Et encore moins nous voulons nous faire les porte-à-porte de quelconques « valeurs ». Il est facile de répondre à la question quelles sont les valeurs dont nous avons besoin : aucune !


Nous sommes pour la dévalorisation totale des valeurs, pour la rupture avec ce mantra des soumis appelés communément « citoyens ». Il faut rejeter ce statut. En idées, nous avons déjà résilié le rapport de domination. L’insurrection que nous avons en tête ressemble à un saut paradigmatique.


Nous devons sortir de cette cage qu’est la forme bourgeoise. Politique et État, démocratie et droit, nation et peuple sont des figures immanentes de la domination. Pour la transformation, nous ne pouvons disposer d’aucun parti et d’aucune classe, d’aucun Sujet et d’aucun mouvement.


6.

Ce qui est en jeu, c’est la libération de notre temps de vie. C’est elle seule qui nous permettra d’avoir plus de loisir, plus de plaisir et plus de satisfaction. Ce dont nous avons besoin, c’est plus de temps pour l’amour, l’amitié et les enfants, plus de temps pour réfléchir ou pour paresser, mais plus de temps aussi pour nous occuper, de façon intense et extensive, de ce que nous aimons. Nous sommes pour le développement tous azimuts des plaisirs.


Une vie libérée, cela signifie de se reposer plus longtemps et mieux, mais, tout d’abord, dormir plus souvent ensemble, et plus intensément. Dans cette vie – la seule que nous ayons – l’enjeu est la bonne vie, il s’agit de rapprocher l’existence et les plaisirs, de faire reculer les nécessités et d’élargir les agréments. Le jeu, dans toutes ses variantes, requiert à la fois de l’espace et du temps. Il ne faut plus que la vie soit cette grande occasion manquée.



Nous ne voulons plus être ceux que nous sommes forcés d’être.

 

 

Rédaction du magazine Streifzüge

Octobre 2013

 


 


Note de la mise en ligne par le site Palim Psao :

 

* Streifzüge est un groupe et un magazine autrichien (surtout basé à Vienne) sur la critique de la valeur (Wertkritik), créé en 1996 autour de Franz Schandl, Andreas Exner, Stefan Meretz, Thomas Konics, Maria Wölflingseder, etc. Streifzüge s'est rangé en 2004 du côté des personnes qui ont gardé le nom de Krisis lors d'une scission plus importante que les précédentes, avec les amis de Robert Kurz et Roswitha Scholz qui fondèrent eux la revue Exit ! De son point de vue, Kurz n'a cessé de dénoncer dans Streifzüge une version appauvrie, très "Salut les copains" et mouvementiste de la critique de la valeur. La salle des machines du site Palim Psao ne se rattache pas à tel ou tel comité de rédaction, et constitue simplement un portail francophone qui accueille différentes tendances de la mouvance de la critique de la valeur

Par E.B
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Vendredi 21 mars 2014 5 21 /03 /Mars /2014 23:29

Lille-anti-systeme-ok

Des discours aux relents xénophobes et délirants semblent aujourd'hui proliférer sans complexe et parviennent à féderer de larges couches de la population, sans distinction de classe ou d'origine. Face à ces idéologies réactionnaires qui se présentent comme "anti-systèmes" il est plus que temps de procéder à une critique radicale à partir de l'analyse du capitalisme la plus adéquat pour comprendre les rouages de ce dernier : la critique de la marchandise, du travail et de la valeur. 

 Nous ne laisserons pas se faire prendre en otage le sentiment de révolte et d'impuissance face à la domination abstraite du marché.


Nous vous invitons à venir en causer jeudi 03 avril 2014 à 18h au café Citoyen à Lille.


"C'est la faute à qui?" (extrait) "Nous sommes bien dans une crise considérée comme la pire depuis la deuxième guerre mondiale, ou depuis 1929. Mais la faute est à qui, et par où trouver la sortie? La réponse est presque toujours la même: l’«économie réelle» est saine, ce sont les mécanismes malsains d’une finance qui a échappé à tout contrôle à mettre en danger l’économie mondiale. Alors, l’explication la plus expéditive, mais qui est aussi la plus répandue, en attribue toute la responsabilité à l’«avidité» d’une poignée de spéculateurs qui auraient joué avec l’argent de tous comme s’ils étaient au casino. Mais ramener les arcanes de l’économie capitaliste, lorsque celle-ci marche mal, aux agissements d’une conspiration de méchants a une longue tradition dangereuse. Ce serait la pire des issues possibles de désigner une nouvelle fois des boucs émissaires, la «haute finance juive» ou autre, à la vindicte du «peuple honnête» des travailleurs et des épargnants."

 

Anselm Jappe (Novembre 2008)

Par E.B
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  • : La marchandise et son monde ont désormais déferlé sur la totalité des sphères de l'existence. Une singulière "tyrannie sans tyran" s'est installée, appauvrissant nos vies toujours plus en profondeur. Un nouvel Homme semble émerger au milieu de notre époque post-transgressive, se caractérisant à l'évidence par un authentique malaise dans la subjectivation. Quant à la Mort, elle semble se retirer à petits pas de ce monde de l'illimité, de l'inconsistance et de la complétude...
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(Acrylique et huile sr plâtre,Techniques mixtes,Avril 2011)
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         (Acrylique et huile sur plâtre,Techniques mixtes)  
                           Juin 2011, 46 X 60 cm
 

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